Ceci tuera cela ?Monuments.Evénements. Déformations de l’Histoire.  Étudiant : OscarMatherEnseignant : Prof.Dr. Christoph FrankAssistants : Dr.Gabriele NeriDr.

Virgiolio Berardoco  Lors d’une conférence donnée le 12 Décembre 2017 àl’Accademia di Architettura di Mendrisio,Maarten Delbecke fait le récit de la démolition de la Bastille, ainsi que de lacréation de son mythe1.À la fin de la conférence est abordé brièvement lors des questions le débatactuel concernant les monuments confédérés aux Etats-Unis d’Amérique. Leprésent essai cherche à développer ce sujet en essayant de comprendre lesenjeux qui s’entrecroisent entre la Bastille, ou plus précisément la démolitionde la Bastille, et le retrait des monuments confédérés. Ces thèmes communs,tels que la question du monument etcelle de l’événement, guident l’étude.Je chercherai finalement dans cet essai à exposer les risques de déformationsde l’Histoire, en proposant de réfléchir sur l’aphorisme de Victor Hugo « le livre va tuer l’édifice »2à l’aune de l’étude des cas considérés. La lecture d’ouvrages de Pierre Nora, et enparticulier la trilogie Faire del’Histoire3réalisée sous sa direction et celle de Jacques Le Goff, aide à comprendrecertains thèmes clés comme celui de l’événement,et les nombreux contributeurs à ces ouvrages seront régulièrement cités. LorsquePaul Veyne écrit « si c’était làtoute la vérité, l’histoire ne serait pas très intéressante ; elle diraitce qui s’est passé, was eigentlich geschehen ist ; récit d’uneintrigue, matière de mémoire… » et plus loin « La compréhension des événements n’est pasimmédiate, les sociétés humaines ne sont pas transparentes à elles-mêmes ;quand elles expliquent et s’expliquent ce qui leur arrive, elles le fontordinairement de travers »4 oncomprend l’importance, la nécessité de participer au débat.

Je tiens à préciser dans cette introduction que sile Grand Autel de Pergame, thème du cours, a finalement été écarté de cetravail, la lecture de textes s’y consacrant tel que « The Pergamon Altar in WilhelminianGerman »5 par Lionel Gnosmann, ontégalement alimenté la réflexion. Le débat entre partisans de Winckelmann etDroysen quant aux changements de perspectives historiques est notamment pertinentdans la présente étude.D’un point de vue d’organisation, ce travail sedivise en trois parties abordant successivement la Bastille, les monumentsconfédérés et l’aphorisme de Hugo. Chaque partie est introduite par des rappelshistoriques avant d’être développée. Une annexe regroupe le matérieliconographique. Bastille : monument n’existepas (sauf reliques dans musée, et colonne de juillet mais bon…), événement est cequi compte : la démolition, enfin, la déformation du fait historiqueglorifié plus que raison.

             Rappel : La Bastille était une forteresse royale, construite àParis entre 1370 et 1383. Au XVIIème siècle le cardinal de Richelieu (1585 –1642) en fait une prison d’état, prison dont la réputation sordide croît au fildes années, jusqu’à devenir un symbole de l’oppression royale. Le 14juillet 1789, des révolutionnaires assiègent la Bastille en pensant y trouverles réserves de poudre à canon. Le jour même de sa prise, la démolition de la Bastillecommence.             Evénement : C’est le citoyen et entrepreneur Palloy, fils demarchand de vin, qui est à l’initiative de la démolition de la Bastille, yvoyant un intérêt lucratif mais aussi symbolique. L’opération se révèle eneffet financièrement favorable à Palloy, qui en plus de l’usage des pierrespour de nouvelles constructions, organise des visites du chantier et même desanciens cachots.

Celui-ci développe également toute une série d’objets-reliquesissues des fragments de la Bastille comme des bijoux gravés provenant dela refonte d’anciennes chaînes de prisonniers6.Le 15 février 1790, un artisan travaillant pour Palloy réalise une miniature dela Bastille dans une pierre de l’édifice même. Cette idée de faire uneréduction du « colosse de la Tyrannie » séduit fortement Palloy quien fait réaliser un grand nombre afin de les disperser dans tous lesdépartements de France7.

Ces maquettes sont par la suite utilisées lors de parades ou rassemblementsnationaux. C’est là que réside le paradoxe de la Bastille : un bâtimentque l’on détruit consciemment, puis que l’on recré en multiples miniatures afinde pouvoir continuer de honnir l’objet physique. Monument: Le thème de la démolition nous intéresse ici particulièrement car ilpermet d’introduire plusieurs notions, la première étant celle du besoin deconservation. Guillaume Monsaingeon, dans sa contribution à un catalogued’exposition sur la Bastille, fait la proposition suivante : « La conservation d’un édifice en garantit uneconnaissance aussi fine que possible ; pourtant, il n’est pas certain quele rôle culturel d’un monument, sa fonction sociale au sein d’une mémoirecollective sortent nécessairement renforcés d’une survivance à travers lessiècles »8.

Lemonument serait dans la démolition du bâtiment de la Bastille, autant que dansla transmission de cette démolition. Maarten Delbecke en parlant d’une « monumentalisation comme une interprétationd’un évènement »9,aborde la seconde notion qui est celle de l’événement.Selon Pierre Nora, l’événement est « lemerveilleux des sociétés démocratiques. »10et affirme que « Le fait qu’ilsaient eu lieu de ne les rend qu’historiques. Pour qu’il y ait événement, ilfaut qu’il soit connu. »11insistant ainsi lui aussi sur l’aspect de transmission d’un savoir lié à unfait historique.Déformation : Comme l’asouligné Delbecke, il y a à la fin du XVIIIème siècle un véritable fétichismedes révolutionnaires pour la presse, qui représente cette possibilité detransmission d’idées.

« Le livre vatuer l’édifice »12écrit Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris près de quarante ans après laprise de la Bastille. On peut se demander si ce n’est pas ici le « meurtre »de l’édifice qui assure qu’il soit monumentalisé de la sorte et que l’on sesouvienne de lui. C’est du reste ce que suggère le titre de la conférence deDelbecke. Toujoursdans Notre-Dame de Paris Hugo décrit l’architecture comme le moyen deperpétuer la pensée humaine13.Nous pouvons penser que ce que l’on cherche à perpétuer à la Bastille, c’est cesentiment d’union, de fédération qui est développé dans la destruction d’unsymbole d’oppression. Ce qui aurait pu être un « fait anecdotique » a ainsiété instrumentalisé, transformé volontairement pour au fil du temps acquérirune ampleur monumentale : la date de la prise de la Bastille signifiemaintenant la révolution française (synecdoque) et le 14 juillet est devenu lejour de la fête nationale.

Nous verrons maintenant dans le cas des monumentsconfédérés une forme d’effet inverse, où le déroulement des faits a été oubliéou ignoré par une population qui ne se concentre plus que sur l’objet.            0.      1.

     Principesconfédérés2.     Moments deconstruction des monuments Rappel : Revenons avanttoute chose sur quelques faits historiques. La guerre de Sécession a opposé lesEtats-Unis d’Amérique (l’Union, vainqueur) et les Etats confédérés d’Amérique(la Confédération) entre 1861 et 1865. IDEOLOGIE CONF : ESCLAVAGE DROITSDES ETATSEvénement : Des monumentsen hommage aux généraux et soldats confédérés furent construits, non pas à lafin de la guerre, mais près de 35 ans plus tard, au moment où les lois Jim Crowsont implémentées dans de nombreux états14.La partie de l’idéologie de la « cause perdue » confédérée défendue lorsde la construction de ces monuments est celle du « droits des états »et non celle prônant l’esclavage, pourtant au centre des préoccupations de ses anciensdirigeants. Étrangement, les lois Jim Crow passées au même moment visent entreautres à limiter l’intégration des anciens esclaves affranchis. Le secondpic de construction de ces monuments survient entre les années 1950 et 1960, aumoment des mouvements civils contre la ségrégation (voir diagramme).

MISE ENLUMIÈRE DE L’EVENEMENT DE LEUR CONSTRUCTION : PAS ANODIN.            Ce qui semble transparaître,c’est que ces monuments n’ont pas été érigés afin de commémorer les soldatsmorts durant la guerre, mais d’envoyer un « message hostile »15à une partie de la population. Un message qui n’est pas celui d’uneidéologie d’états forts, mais celui d’une idéologie ségrégationniste, raciste. Nierceci, c’est en quelque sorte nier une partie de l’histoire et adopter uneétrange perspective sur celle-ci. « Une telle perspective, (cependant)…est tout sauf historique »16pour reprendre des mots de Johann Droysen, qui critiquait le manque d’ouvertured’esprit des partisans de Winckelmann quant à l’appréciation de l’art hellénistique.Michel deCerteau avait vu juste quand il craignait la disparition de l’histoire« objective », porteuse d’une idée de vérité : « Lesbeaux jours de ce positivisme sont bien finis.

Depuis c’est le temps de laméfiance. On a montré que toute interprétation historique dépend d’un systèmede référence… »17.Que pensent les opposants au retrait des monuments ?  Les opposants à ce retrait estiment que cela serait effacer une partie deleur histoire.

D’autre évoquent un terrain dangereux : si l’on commence à retirer desstatues, où s’arrête-t-on ? “So for those self-appointed defenders of history and themonuments, they are eerily silent on what amounts to this historicalmalfeasance, a lie by omission. Thereis a difference between remembrance of history and reverence of it.”18C’est le rappel d’un passé difficile mais surtout l’affront que représenteces statues qui aujourd’hui gêne tant d’américains, et cette partie de lapopulation souhaite ainsi que les monuments soient retirés des espaces publics. Pourquoi posent-ils problème ? Pourquoi est-il important de faire quelque chose de ces monuments ?Parce que les réactions montre qu’il y a une importante erreur de lecture, voirnégation de l’Histoire par une importante partie de la population américaine. Hors l’histoire est écrite, mais les monuments ont tué les livres.

 Boucle sur l’argument qui fut soulevé plusieurs fois lors du cours de Frankqui avance qu’il n’y a pas de « droit à l’oubli ». Importance de définir où est la place de ces monuments (souvent statue degénéral ou statue équestre)   Hugo Emergera peut-être l’idée que dans le cas desmonuments, c’est l’édifice qui a tué le livre, en faisant oublier les faitshistoriques.    Autel Archivhttps://commons.wikimedia.

org/wiki/File:Bundesarchiv_Bild_146-1998-012-01A,_Berlin,_Pergamon-Museum,_Pergamon-Altar.jpg https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bundesarchiv_Bild_183-67670-0007,_Berlin,_Pergamonmuseum,_Pergamon-Altar.jpg  Bastille Démolitionde la Bastillehttp://www.carnavalet.paris.fr/fr/collections/la-bastille-dans-les-premiers-jours-de-sa-demolition Miniaturehttp://www.

carnavalet.paris.fr/fr/collections/modele-reduit-de-la-bastille-realise-dans-un-bloc-provenant-de-la-demolition-de-la http://www.

carnavalet.paris.fr/fr/collections/modele-reduit-de-la-bastille  1 Maarten Delbecke, The death of architecturebefore Hugo.

 Palloy and the stones of the Bastille, lecture at the Accademia diArchitettura, Mendrisio, 07.12.2017.2 Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Livre de Poche,Paris, 1972, 290.

3 Jacques Le Goff, PierreNora (sous la dir.), Faire de l’histoire,Gallimard, Paris, 1974,4 Paul Veyne,« L’Histoire conceptualisante », in Jacques Le Goff et Pierre Nora (sousla dir.), Faire de l’histoire. NouveauxProblèmes, Gallimard, Paris, 1974, p. 100.

5 Lionel Gossman, “ThePergamon Altar in Wilhelminian Germany”, The Journal of Modern History, 78, September 2006, 551– 587.6 Guillaume Monsaingeon,« Le citoyen Palloy : détruire les murs, construire le mythe », inAnon, Sous Les Pavés, La Bastille :Archéologie D’un Mythe Révolutionnaire : Exposition Présentée Du 12 Octobre1989 Au 7 Janvier 1990 à L’Hôtel De Sully à Paris, Caisse NationaleDes Monuments Historiques Et Des Sites, Paris, 1989, 129 – 130.7 Ibid., 131.8 Ibid.

, 127.9 Maarten Delbecke, The death of architecturebefore Hugo. Palloy and the stones of the Bastille, lecture at the Accademia diArchitettura, Mendrisio, 07.12.2017.10 Pierre Nora, « Leretour de l’évènement », in Jacques Le Goff et Pierre Nora (sous la dir.

), Faire de l’histoire. Nouveaux Problèmes,Gallimard, Paris, 1974, 294.11 Ibid., 288.12 Op. cit.

, Notre-Dame de Paris, 290.13 Ibid., 289.14 Saeed Ahmed, CNN, “There are certain moments in US historywhen Confederate monuments go up”, CNN,16.

08.2017, url: http://edition.cnn.com/2017/08/16/us/confederate-monuments-backlash-chart-trnd/index.html15 John Oliver, “Confederacy”, Last Week Tonight, 8.

10.2017, url: https://www.youtube.com/watch?v=J5b_-TZwQ0I16 Lionel Gossman, “The Pergamon Altar inWilhelminian Germany”, The Journal of Modern History, 78,September 2006, 572.17 Michel de Certeau, « L’opérationhistorique », in Jacques Le Goff et Pierre Nora (sous la dir.), Faire del’histoire. Nouveaux Problèmes, Gallimard, Paris, 1974, p.

21. 18Mitch Landrieu,Jack Holmes (transcription), discours du19.05.2017, esquire, 23.05.2017, url : http://www.esquire.com/news-politics/a55218/new-orleans-mayor-speech-confederate-monuments/

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